« Je ne peux pas être HPI, je suis nul(le) en maths. »
Cette phrase, beaucoup l’ont pensée, certains l’ont même répétée toute leur vie. Pourtant, elle repose sur un malentendu persistant : celui qui lie haut potentiel intellectuel et excellence en mathématiques.
Le stéréotype du génie mathématique
Dans l’imaginaire collectif, être HPI, c’est souvent :
- Comprendre tout du premier coup,
- Réussir sans avoir besoin de réviser,
- S’ennuyer parce que c’est “trop facile”,
- Briller à l’école, en particulier en maths.
En somme, une sorte d’élite intellectuelle dont le cerveau carbure aux théorèmes et aux formules. Cette image, bien ancrée, est pourtant réductrice – et surtout, fausse dans de nombreux cas.
Ce que le HPI n’est pas
Le HPI n’est pas un label réservé aux “premiers de la classe”. Il ne garantit ni réussite scolaire, ni parcours linéaire, ni passion pour les chiffres. Ce n’est pas non plus un gage d’intelligence logico-mathématique. Et encore moins une promesse de succès facile.
On peut être HPI et n’avoir jamais compris une équation.
On peut être HPI et avoir redoublé trois fois.
On peut être HPI et se sentir stupide depuis l’enfance.
On peut être HPI et n’en avoir jamais parlé à personne.
Le haut potentiel est un mode de fonctionnement cognitif, pas un passeport vers l’excellence académique. Il se manifeste aussi par une pensée en arborescence accélérée, un besoin d’intensité, une curiosité intense, une intuition fine… Pas uniquement par une aptitude à résoudre des problèmes logiques et mathématiques.

Le HPI ne se résume pas aux maths : diversité des profils et sentiment d’illégitimité
En réalité, les personnes à haut potentiel présentent une grande diversité de profils : littéraires, artistiques, intuitifs, manuels, empathiques… Certains ont une appétence pour les mathématiques, bien sûr, mais beaucoup d’autres s’y sentent complètement étrangers.
Même parmi les enfants identifiés, nombreux sont ceux qui rencontrent des difficultés en maths – non pas parce qu’ils manquent de capacités, mais parce qu’ils s’ennuient, décrochent ou ne trouvent pas de sens dans un enseignement trop rigide ou répétitif. Leur fonctionnement cognitif exige souvent plus de liberté, de créativité, de profondeur.
A tant promouvoir une image du haut potentiel intellectuel comme celle d’un génie logique et performant, on invisibilise tous les autres. Ceux qui doutent, qui se sentent à côté de la plaque ou qui ont grandi avec l’idée qu’ils étaient “trop sensibles”, “dans la lune” ou “pas faits pour l’école”. Et surtout, ceux qui n’ont jamais pensé, ou osé s’identifier HPI, parce qu’ils étaient… “nuls en maths”.
Cette vision étriquée de l’intelligence alimente un fort sentiment d’illégitimité. Beaucoup finissent par croire qu’ils ne peuvent pas être HPI, simplement parce qu’ils ne cochent pas la case du stéréotype. Alors que leur intelligence s’exprime peut-être ailleurs : dans un texte qu’ils écrivent à 8 ans, dans une capacité à capter les émotions d’une pièce, dans une imagination débordante ou dans une intuition redoutable.
L’intérêt de ces profils ne tient pas à une performance unique ou à une forme standardisée d’excellence. Il réside dans la diversité des modes de pensée, des sensibilités et des trajectoires possibles. Réduire le HPI à un modèle unique de réussite revient à ignorer ce qui le caractérise réellement : une pluralité de fonctionnements.
En conclusion
Être HPI ne se résume pas à une performance scolaire en mathématiques. Il s’agit d’un mode de fonctionnement cognitif spécifique, plus rapide, plus intense et potentiellement plus exigeant à réguler. Le décalage en est une conséquence fréquente et structurelle.
Alors non, si vous n’aimez pas les maths, cela ne veut pas dire que vous n’êtes pas HPI.
Cela veut juste dire que votre intelligence a choisi un autre domaine pour s’exprimer.
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