Haut Potentiel. Témoignage : Le jour où j’ai eu les résultats de mon test de QI.

Agathe est une brillante jeune femme de 33 ans que j’ai la chance d’accompagner. Après beaucoup de questionnements, de croyances, de doutes et de déni, elle s’est décidé à passer le test WAIS chez une psychologue. Elle y a trouvé des réponses et a accepté de partager ses ressentis, avec l’idée que cela puisse aider d’autres personnes concernées à s’identifier. Son précieux témoignage a été écrit le lendemain des résultats et est retranscrit intact. J’en profite pour la remercier à nouveau ici.

Se décider à passer les tests de QI à l’âge adulte n’est pas anodin. (*Tests de QI = WAIS IV chez un psychologue idéalement sensibilisé au sujet du Haut Potentiel Intellectuel). Pour certains, ils ne sont pas nécessaires, pour d’aucuns le sésame de confirmation et de légitimité ou une nouvelle grille de lecture, pour d’autres, ils sont obsolètes ou considèrent dangereux de se résumer à un chiffre, ou encore ne sait on quoi en faire… La liste est longue et le débat est parfois houleux.

Après avoir passé tous ces barrages et fait son propre chemin parfois au travers des mythes, des préjugés, du déni, des doutes ou du refus de la différence, il est important de rappeler que c’est une décision très personnelle qui ne devrait dépendre d’aucun jugement ni diktat. Elle peut avoir un impact considérable comme le démontre le témoignage d’Agathe, entier et sincère qui peut résonner chez nombre de personnes concernées en questionnement.

J’ai toujours vécu avec cette sensation d’être à côté du monde et de ne pas y avoir ma place.

« Le jour de la restitution des résultats, une impatience et un stress immense…

J’ai toujours vécu avec cette sensation d’être à côté du monde et de ne pas y avoir ma place. Ça fait maintenant 2 semaines que je dévore des informations sur le sujet, j’ai l’impression de me lire, et je commence à comprendre ce qui pourrait bien être moi. J’ai beaucoup pleuré parce que je n’en voulais pas de cette potentielle différence, mais si les tests révélaient que je me trompe, ce serait pire encore, ce serait affronter une nouvelle sensation de rejet, de déception, la preuve que décidément ma place n’est nulle part.  

Lorsque j’ai reçu le rapport, mes yeux l’ont parcouru à vitesse grand V avec une seule obsession, trouver au plus vite LE chiffre, un simple chiffre, celui qui fait basculer d’un côté ou de l’autre de la balance.

33 ans de questionnement, le sens de ma petite vie.

 Dès que je l’ai vu, instantanément un immense soulagement. Puis, comme un choc, cette fois ça y est, c’est sûr. Et dans les heures qui suivent, l’information « choc » continue de faire son chemin. Je pensais que tout ce que je cherchais c’était être rassurée en écartant un résultat négatif, mais que la confirmation ne changerait pas grand chose à ce que mon intuition savait déjà.

Je me trompais, l’impact est bien plus profond. En fait ça change tout. C’est comme si il y avait un avant et un après.

Pour moi qui ait toujours recherché l’approbation extérieure et dont le propre jugement n’a jamais eu aucune valeur ni crédibilité, ce chiffre c’est comme si tout d’un coup je recevais l’approbation officielle et universelle, la signature du médecin, le coup de tampon du contrôleur, comme si on me donnait mon passeport, mon titre de voyage, qu’on me disait ça y est tu peux y aller, le feu est vert, tu peux circuler, vivre, tu as le droit de te sentir crédible, de te considérer, te respecter et t’estimer à ta juste valeur.

C’est comme si maintenant avec ce simple chiffre j’etais en droit de […] m’écouter sans douter de moi ni me noyer dans les questionnements

Ma place existe, je ne suis pas folle, la preuve est la. Toutes ces choses que je pensais, trop rapide, trop différente, trop à côté, trop décalée, c’est moi qui doit m’adapter, c’est ma faute, je ne mérite pas, je n’ai pas ma place, les questionnements et les doutes incessants, qu’est ce que j’ai fais de mal, qu’est ce qui ne tourne pas rond chez moi…

C’est comme si maintenant avec ce simple chiffre j’etais en droit de me laisser tranquille, de m’écouter sans douter de moi ni me noyer dans les questionnements et la culpabilité. Et ça, ça change vraiment tout. 


Même si ça ne me libère pas totalement de mes montagnes russes. Des fois le doute revient. Comme si une partie de moi n’y croyait pas encore totalement. Et si la psychologue n’avait pas été vraiment objective ? Et si c’était surévalué parce que j’ai donné le maximum pour avoir le meilleur résultat ? Est-ce que les chiffres sont vraiment représentatifs ? Et après tout qu’est ce que la science sait de tout ca ? Qui définit ces critères sur l’intelligence ? Tout est subjectif… Et même si ces tests « m’approuvent » et que du coup moi aussi je m’approuve, ca ne fera pas que le reste du monde m’approuvera…

Et puis rapidement revient cette sensation profonde que ça y est, je me suis “re”trouvée, je me rapproche de moi, et ça me procure une certaine sérénité et surtout enfin la foi vis à vis de l’avenir. »

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