L’hypersensibilité émotionnelle

« Ce sentiment de voir sans distinguer vraiment, de savoir pourquoi sans pouvoir l’exprimer, d’entendre le contenu des silences, d’avoir le cerveau au niveau du cœur. C’est ça l’hypersensibilité. »

Etymologiquement, l’hypersensibilité est un « excès » de sensibilité. Les mots sont importants, leur choix encore plus.

Comment un si petit préfixe peut-il être à l’origine de mal être ? Ressentir « trop » (voir article sur l’inhibition latente) peut être source de souffrance mais le comprendre et comprendre son rapport à la norme peuvent permettre d’en faire une force.

Quelles définitions ?

Hyper

La définition du Larousse nous dit : préfixe, du grec huper, sur, indiquant une position supérieure dans l’espace, une intensité ou une propriété supérieure à la normale.

Qui a défini la « norme » dans les ressentis ? Cela dépend bien évidemment de chaque individu et de son « échelle » personnelle mais il semble que les pressions sociétales aient défini une norme, et que « trop » et « hyper » définissent ceux qui en sortent. Les hauts potentiels n’échappent pas à la règle.

Sensibilité 

Aptitude à réagir à des excitations internes ou externes. Selon le Larousse

A ne pas confondre avec Sensiblerie qui est, toujours selon le Larousse : sensibilité outrée ou affectée allant jusqu’au ridicule.

Emotion

Réaction affective transitoire d’assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement.

A ne pas confondre avec Emotivité qui est une disposition à être affecté par des évènements souvent insignifiants.

Une autre définition

Selon Saverio Tomasella , spécialiste de l’hypersensibilité (qu’il préfère appeller ultrasensibilité), celle ci est une sensibilité supérieure à la moyenne :

  • Des cinq sens (que l’on appelle hyperesthésie.) aux goûts, parfums, odeurs, fruits, musique, bruit, textiles
  • Dans la perception des émotions, les siennes et celle des autres
  • Dans la créativité
  • Dans la perception de la subtilité
  • Dans l’observation, l’écoute et la compréhension de ce que d’autres ne captent pas

L’hyperesthésie est différente de l’hypersensibilité émotionnelle. Elle concerne une hypersensibilité des cinq sens odorat, toucher, bruit, vue, gout.

Il est courant de voir la notion d’hypersensibilité généralisée or il est nécessaire de différencier les différents types d’hypersensibilité.

Une personne peut être hypersensible émotionnellement sans être nécessairement hyperesthésique, ou peu.

Ressentir son environnement de façon exacerbée – les humeurs, les ambiances, les non-dits, les signes imperceptibles du langage non verbal- peut être un véritable atout quand les informations ne sont pas passées au prisme de nos biais (voir article sur les biais cognitifs). Beaucoup de personnes hypersensibles excellent d’ailleurs dans les missions de management, de RH, d’accompagnement en utilisant ce potentiel au mieux et dans l’intérêt des personnes managées et/ou accompagnées.

Si, elles n’absorbent pas tout et ne confondent pas empathie et sympathie. Etre hypersensible ne signifie pas non plus être faible et ne pas connaitre ses limites.

Une caractéristique dénigrée

Mais nous vivons dans une société ou les valeur imposées et véhiculées sont encore celles de la force, de la puissance et du pouvoir.

L’hypersensibilité, tout comme la sensibilité, est donc encore perçue comme une faiblesse dans une société qui malgré sa recherche de valorisation de l’intelligence émotionnelle, la considère comme un handicap sociétal.

On peut lire : « Entre 15 et 20% de la population mondiale est victime d’hyper-sensibilité. Mais comment la détecter et la gérer au quotidien?»  (Les mots : « victime » et « gérer » sont assez significatifs.)

« Ces personnes, qui représentent entre 15 et 20 % de la population mondiale, peuvent souvent se sentir inadaptées à ce monde. Un sentiment très fort qui est d’autant plus compliqué à gérer que le terme d’hyper-sensible entraîne bien souvent avec lui une connotation négative. »

Cet article montre qu’en 2017, l’hypersensibilité était presque un handicap. Et en 2020 ? Dans Le Parisien, Christine Mattheus annonce :

« Hypersensibilité : 11 millions de français concernés. Beaucoup d’entre eux [les hypersensibles] adoptent des stratégies d’adaptation pour « faire comme les autres », comprenant que leur hypersensibilité n’a pas sa place à l’école, dans le cercle familial et amical ou encore, en entreprise. Ils ont pourtant de gros besoins affectifs pour se sentir en sécurité. « L’hypersensibilité existe depuis toujours, mais pendant des générations, il était malvenu de montrer ses émotions. C’est en train de changer. On accepte aujourd’hui davantage la différence », analyse Charlotte Wils. »

Et pour les personnes HPI ?

On entend beaucoup parler de HPE aujourd’hui, et HPE/HPI sont souvent mélangés. Mais cet acronyme n’a pas réellement de fondement et apporte encore plus de confusion.

Les scientifiques ont cherché à savoir si les personnes HPI étaient plus hypersensibles que les autres. Les études semblent démontrer qu’il n’y a pas plus de HPI hypersensibles que dans le reste de la population. Toutefois, ces études ont démontré une réelle intensité affective subjective chez les personnes HPI. En résumé, elles ressentent souvent plus intensément que la majorité du fait d’un fonctionnement plus intense.

À retenir

Une personne hypersensible émotionnellement ressentira les émotions plus que la moyenne et capte ce que la majorité ne peut capter.

Une personne HPI pense plus vite, fait du lien plus vite ET peut ressentir plus intensément les choses suivant son vécu.

L’hypersensibilité émotionnelle ne signifie en rien une faiblesse, comprendre les émotions d’autrui et les siennes peut au contraire représenter une force pour nombre de métiers et de postes. L’hypersensibilité émotionnelle, alliée à un caractère juste et adapté fait d’excellents managers.

Sensibilité rime avec féminité. Elle rime aussi avec masculinité, mais la société fait tout pour les opposer. Il est en général aussi mal perçu pour un homme d’être sensible que pour une femme d’être ambitieuse ou en colère. Tant que les émotions seront genrées, les écarts à la norme seront stigmatisés. 

Voir aussi :


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