HPI et légitimité : Reconnaître sa valeur

Vous résolvez en deux heures un problème que d’autres contournent depuis des semaines. Vous menez une mission à bien, on vous félicite… pourtant vous finissez la journée avec la sensation d’être « nul ». Cette dissonance, réelle et presque physique, beaucoup de profils HPI la connaissent.

D’un côté ce que vous réalisez, perçu comme facile donc sans intérêt.
De l’autre ce que vous ressentez, une exigence interne que rien ne vient satisfaire.
Et à force de trouver « normal » ce qui est singulier, vous finissez par n’accorder aucune valeur à vos propres capacités.

« C’est « normal », donc ça ne vaut rien »

C’est le premier piège. Le niveau que vous jugez « moyen » n’a rien d’objectif : vous l’évaluez à partir de vos propres capacités, pas de celles des autres. Résultat, vous placez la barre du « banal » très au-dessus de la moyenne réelle, et tout ce que vous faites tombe mécaniquement dans la case « rien d’extraordinaire ».

La facilité est une information sur votre zone de force, pas une preuve d’insignifiance. Ce qui est facile pour vous ne l’est pas pour tout le monde, et c’est précisément ce qui rend ces compétences si précieuses. Tant que vous attendrez d’avoir transpiré pour vous sentir légitime, vous resterez aveugle à vos vrais talents.

Cette mesure faussée ne sort pas de nulle part. Elle se construit au fil des années, nourrie par les retours répétés de l’entourage — « tu es trop exigent(e)», « tu compliques tout », « tu penses trop » — et par des environnements qui ne reconnaissent pas toujours ce que vous apportez. À force d’entendre que votre fonctionnement pose problème, vous finissez par calibrer votre valeur sur un critère faux et qui vous dessert.

Ce mécanisme se double d’un décalage entre le résultat et le ressenti. Vous ne vous voyez pas réussir : vous constatez seulement que vous n’avez pas encore échoué. La réussite réelle ne vous apparaît pas, parce que votre attention se fixe sur l’écart qui vous sépare de votre exigence interne, jamais sur le chemin parcouru.

Ce sentiment de nullité est une émotion, pas un fait. Regardez vos résultats comme s’ils étaient ceux d’un inconnu. Seriez-vous aussi sévère avec lui ? Probablement pas.

La voix qui dévalorise

Derrière cette banalisation, il y a souvent cette petite voix intérieure qui tourne en boucle. Elle murmure que ce succès n’en est pas vraiment un, que cette compétence est « normale », à la portée de tout un chacun, que d’autres feraient mieux, qu’il vaudrait mieux vous taire pour ne pas déranger.

Pour les profils à haut potentiel, le mécanisme est amplifié et les qualités mêmes qui font votre force se retournent contre vous. L’analyse fine se transforme en sur-analyse. L’exigence devient dévalorisation. La capacité devient banalisation. Et le plus troublant reste la violence du discours intérieur : des phrases qu’on ne prononcerait jamais à quelqu’un qu’on aime.

C’est le terrain du syndrome de l’imposteur : la conviction tenace que votre valeur est usurpée et qu’on finira par découvrir que vous n’êtes pas à la hauteur.  Cette voix se fait facilement passer pour de l’humilité. Elle relève pourtant d’un biais qui déforme la perception que vous avez de vous-même. La vraie humilité n’a jamais consisté à se diminuer en permanence.

Le doute a sa part de responsabilité. Percevoir la complexité d’un sujet rend difficile d’adhérer à des certitudes simplistes, et cette capacité à voir les angles morts est précieuse. Le problème surgit quand le doute cesse de porter sur les idées pour se retourner contre vous, jusqu’à devenir une remise en question permanente de votre valeur. (A devenir ce diablotin qui vient vous saboter sans répit). Gardez aussi en tête que l’assurance affichée ne prouve rien. Les personnes les plus sûres d’elles-mêmes sont rarement les plus compétentes, et les prendre pour référence ne fait qu’aggraver la sévérité que vous vous infligez.

Réaligner la perception avec les faits

Sortir de ce schéma passe par un réalignement de la perception sur les faits.

Première distinction utile : votre sentiment de nullité reste une émotion, quand la réussite, elle, est un fait vérifiable. Prenez l’habitude de regarder vos résultats comme s’ils étaient ceux d’un inconnu. Vous accorderiez sans doute à cet inconnu une sévérité bien moindre que celle que vous vous infligez.

Identifiez ensuite vos compétences de manière concrète et nommez vos réussites sans les expliquer aussitôt par la chance ou le hasard. Cet inventaire factuel rend votre estime de soi moins dépendante du ressenti du moment et du regard des autres. Tant qu’elle repose sur une impression, elle s’effondre au premier doute ; adossée à des faits, elle tient. Reconnaître votre valeur ne passe d’ailleurs pas par la comparaison : vous n’avez pas à être meilleur que quelqu’un pour avoir le droit d’être compétent.

Il reste enfin à quitter le « tout ou rien » qui veut qu’un travail non parfait soit un travail raté. Entre l’excellence absolue et l’échec se trouve la réalité : un travail qui apporte de la valeur, même lorsqu’il ne vous satisfait pas pleinement. Votre exigence est un moteur précieux tant qu’elle vous pousse à progresser ; elle devient stérile dès qu’elle sert uniquement à invalider ce que vous accomplissez. La valeur de ce que vous produisez ne dépend pas de la peine que vous avez eue à le produire.

A retenir

Voir sa valeur est d’abord un travail de perception : démonter la mécanique qui transforme chaque réussite en non-événement et chaque facilité en preuve d’insignifiance. Ce travail de perception est un préalable. Une fois votre valeur reconnue, il vous reste à oser la poser, prendre votre place et vous affirmer sans vous trahir.

Voir aussi : Ce que montrent les recherches sur l’estime de soi des HPI Université de Lorraine (Cette étude suggère que l’estime de soi des HPI n’est pas uniforme : elle peut être fragile, surtout quand la différence est mal comprise ou mal accueillie. Le problème n’est donc pas l’intelligence, mais la façon dont elle est vécue, perçue et reconnue.)

Vous avez apprécié cet article ?
Rencontrons-nous pour parler de votre situation.

Partagez cet article

Inscrivez-vous pour ne rater aucun article

Pas de spam. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.

Envie de lire davantage ?

Témoignage d’un HPI qui va bien

Et si être HPI ne rimait pas toujours avec souffrance ? Ce témoignage offre un regard positif sur un haut potentiel bien intégré et serein.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *