HPI et légitimité : Sortir du tabou

La France a inventé une dizaine de mots pour éviter de dire HPI ou « haut potentiel » : Surdoué, zèbre, atypique, précoce, multipotentiel… Cette abondance de vocabulaire cache mal une gêne : le sujet reste chargé de représentations, et souvent tabou.

Le malaise va loin. Certaines personnes hésitent même à liker une publication sur le HPI, de peur d’être cataloguées. Beaucoup taisent leur fonctionnement pour ne pas passer pour prétentieux, bizarres ou « différents ». Et quand le sujet s’invite dans une conversation, un autre réflexe surgit : celui de tout aplanir.

Un sujet qu’on préfère taire

Le tabou commence par le silence. Évoquer son haut potentiel, c’est risquer l’étiquette de « prétentieux », le soupçon de se croire supérieur, le petit malaise dans le regard d’en face. Alors on se tait, on minimise, on laisse le sujet de côté pour ne pas déranger.

Cette gêne a des racines culturelles. En France, la différence intellectuelle se confond vite avec une prétention à la supériorité, et parler de son fonctionnement devient suspect. Les personnes concernées finissent par intérioriser ce malaise et par avoir honte d’une caractéristique qu’elles n’ont pourtant pas choisie.

Cette gêne explique d’ailleurs l’inflation de vocabulaire. À force de chercher le mot le moins clivant, on déplace le débat sur la forme — quel terme employer, lequel bannir — pour mieux esquiver le fond. Pendant qu’on s’écharpe sur l’étiquette, on évite la seule question utile : de quoi parle-t-on, et comment ce fonctionnement se vit-il au quotidien ?

Mettre des mots sur un fonctionnement n’a rien d’une vantardise. C’est même l’inverse : tant que le sujet reste interdit, il continue de peser en silence, et chacun reste seul avec ses « trop » — trop bizarre, trop rapide, trop intense, trop « compliqué »— sans jamais pouvoir les comprendre.

Les trois phrases qui ferment la discussion

Vous avez sans doute remarqué le réflexe. Dès que l’on pose une différence, une certaine police du bon maintien moral sort ses formules usuelles :

  • « Oui, mais tout le monde est différent. »
  • « Il ne faut pas mettre les gens dans des cases. »
  • « Attention à ne pas généraliser. »

On le sait déjà. Personne n’a prétendu que les HPI étaient des clones, ni que l’humanité se rangeait dans deux boîtes hermétiques. Mais sous couvert de nuance, ces phrases agissent comme des éteignoirs de discussion.

La première invisibilise le fonctionnement. Répondre « tout le monde est différent » à quelqu’un dont le câblage est atypique, c’est comme lancer « tout le monde s’exprime à sa façon » à la seule personne qui parle une autre langue dans une assemblée. Ce qui se joue là est LE système d’exploitation : nier la spécificité empêche simplement de trouver le mode d’emploi, et donc l’environnement qui convient.

La deuxième transforme l’étiquette en gros mot. Choisie, une étiquette éclaire bien plus qu’elle n’enferme. Comprendre pourquoi on fonctionne autrement, c’est précisément ce qui permet d’arrêter de s’excuser d’exister.

La troisième paralyse l’analyse. Comprendre un sujet suppose de dégager des tendances. Si l’on ne peut plus écrire « les HPI ont souvent tel trait » sans qu’une brigade rappelle aussitôt « pas tous », il ne reste plus rien à dire. La nuance vire alors à la censure.

Nommer pour comprendre

Reconnaître une réalité commune n’efface personne. On peut admettre que chaque individu est unique et qu’il existe des fonctionnements neurologiques partagés, qui créent des expériences proches. Les deux tiennent ensemble. Diluer chaque particularité dans une soupe de banalités, pour ne froisser personne, n’aide personne, surtout pas celui qui cherche à se comprendre.

C’est la logique qui prévaut déjà pour d’autres formes de neurodivergence : nommer un fonctionnement n’établit aucune hiérarchie, il rend visible une manière d’être au monde parmi d’autres. Parler du HPI revient simplement à reconnaître la diversité des intelligences, au même titre que n’importe quelle autre.

Quant au mot à employer — surdoué, zèbre, HPI, atypique — il importe peu. Chacun est libre de choisir celui dans lequel il se reconnaît. Ce qui compte, c’est de pouvoir en parler : poser des mots sur la diversité des intelligences et des parcours, sans craindre le jugement. Et si quelqu’un tourne le sujet en dérision, rappeler deux valeurs simples, le respect et l’ouverture d’esprit, suffit souvent à remettre l’échange d’aplomb.

A retenir

Le HPI souffre moins du fond que de la forme : un sujet sérieux, noyé sous la gêne, les euphémismes et les fausses nuances. Lever le tabou ne demande pas de hiérarchiser les intelligences, ni de transformer une différence en privilège. Il suffit d’accepter d’en parler clairement. Et nommer un fonctionnement, c’est déjà commencer à le comprendre.

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