Qu’est ce que la double exceptionnalité ?

Dans la littérature scientifique spécialisée, on qualifie de double exceptionnalité (en anglais twice exceptional) la situation d’un enfant, d’un adolescent ou d’un adulte présentant à la fois une douance intellectuelle et une condition neurodéveloppementale ou de santé susceptible d’entraver son fonctionnement scolaire, professionnel, émotionnel ou social. Cette notion, largement reconnue à l’international, est couramment abrégée sous le terme 2e, aujourd’hui consensuel parmi les chercheurs et praticiens spécialisés dans le champ de la douance.

La double exceptionnalité ne constitue pas un profil homogène. Elle recouvre une pluralité de configurations, chacune correspondant à une association spécifique entre la douance et une autre condition. On distingue notamment les profils 2e associés à un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (2e-TDA/H), à un trouble spécifique des apprentissages (2e-TA), à un trouble du spectre de l’autisme (2e-TSA), ou encore à des troubles de santé mentale tels que les troubles anxieux, dépressifs ou certains troubles de la personnalité (2e-DSM-5). Chaque combinaison donne lieu à un fonctionnement cognitif, émotionnel et adaptatif singulier, qui ne peut être compris si l’une des deux dimensions est isolée de l’autre.

Une identification complexe et encore insuffisante

Un point central, régulièrement souligné par la recherche, réside dans la complexité d’identification de ces profils. La douance peut masquer les difficultés associées à la condition concomitante, tandis que l’expression de cette dernière peut, à l’inverse, occulter les manifestations du haut potentiel. Ce phénomène de masquage croisé contribue à expliquer pourquoi de nombreuses personnes 2e demeurent mal identifiées, voire totalement invisibles dans les dispositifs d’évaluation classiques.

Il reste fréquent que des chercheurs, cliniciens ou professionnels de l’accompagnement, bien que spécialisés dans un trouble particulier, interviennent auprès de personnes douées intellectuellement sans reconnaître explicitement la présence d’une double exceptionnalité. Cette situation ne relève pas d’un manque de rigueur individuelle, mais d’un déficit de formation et de diffusion des connaissances spécifiques aux profils 2e, encore insuffisamment intégrées aux pratiques standard d’évaluation.

Des enjeux majeurs pour l’évaluation et l’accompagnement

Les conséquences de cette non-identification sont loin d’être neutres. La littérature met en évidence des risques élevés d’erreurs d’interprétation, tant dans l’évaluation que dans les décisions d’orientation ou d’accompagnement. Les difficultés peuvent être sur-pathologisées sans prise en compte des ressources cognitives, ou au contraire minimisées en raison de performances intellectuelles élevées. Dans les deux cas, les choix de traitement, d’intervention ou d’aménagement risquent d’être inadaptés, voire délétères.

Les experts insistent ainsi sur la nécessité d’une lecture intégrative du fonctionnement des personnes 2e, tenant compte à la fois des forces et des vulnérabilités. Reconnaître la double exceptionnalité ne consiste pas à juxtaposer deux étiquettes, mais à comprendre une dynamique spécifique faite de compensations, de décalages et parfois de tensions internes. Cette compréhension constitue un levier essentiel pour ajuster les interventions éducatives, thérapeutiques ou professionnelles.

Enfin, la reconnaissance de la double exceptionnalité représente un enjeu de prévention majeur. Une identification tardive ou erronée expose les personnes concernées à un risque accru de décrochage, de souffrance psychologique et de perte de confiance durable dans leurs capacités. À l’inverse, une compréhension précoce et nuancée du profil 2e permet de poser un cadre plus juste, favorable au développement et à la mobilisation du potentiel.

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