Hypersensibilité émotionnelle et haut potentiel intellectuel Risques psychologiques et moyens de l’apprivoiser

 

Retranscription de la vidéo Youtube de Perrine Vandamme. Psychiatre. 2014

L’hypersensibilité émotionnelle est un trait de personnalité voire un symptôme qui n’est pas à l’heure actuelle bien défini ni conceptualisé. D’où les difficultés d’aborder cette question.

Elaine Aron, dans son livre, « Ces gens qui ont peur d’avoir peur », la quantifie à environ 15 à 20 % de la population générale. En qui concerne la population des sujets à haut potentiel intellectuel, de manière empirique et dans l’absence de données statistiques, elles sont beaucoup plus élevées.

La 1ère chose à savoir, qu’est-ce que l’hypersensibilité émotionnelle ?

On pourrait la décrire comme une caractéristique de certaines personnes à être plus réceptives que la moyenne aux stimuli provenant de l’environnement, dans la relation aux autres à être sur réceptif à des ambiances, à ce qui est de l’ordre de la communication non verbale, les attitudes, les non-dits, les implicites et aussi à présenter une forte ingérence des informations d’ordre émotionnel dans la pensée analytique donc l’ingérence qui vient perturber l’analyse rationnelle des situations.

Le sujet à haut potentiel intellectuel peut être un bon sujet à l’hypersensibilité émotionnelle de par une caractéristique d’hyperesthésie émotionnelle et sensorielle associée à une capacité plus importante que la normale à enregistrer des informations provenant de l’environnement de manière simultanée et très rapide ainsi qu’un niveau de coopération des deux hémisphères cérébraux plus performants que la moyenne dans l’intégration des messages émotionnels au sein de l’activité de pensée.

Mais il faut faire la distinction entre cette hyperesthésie sensorielle présente dès les premiers stades du développement psychomoteur qui pourra permettre le développement d’une capacité intuitive d’évaluation globale des situations très performante et l’hypersensibilité émotionnelle qui est un facteur acquis qu’on doit relier à des traits de personnalité ainsi qu’au parcours de vie qui pourra être source de souffrance voire même devenir un symptôme. Pour aider à la distinction, le concept d’intelligence émotionnelle est intéressant. Il est prouvé que l’IE n’est pas lié au quotient intellectuel, on ne sait pas encore si le degré d’intelligence émotionnelle est inné ou acquis, par contre, on a montré qu’il conditionnera la réussite et l’épanouissement de la personne à fortiori s’il est à haut potentiel intellectuel. La modélisation de l’IE développé par Meyer et ses collaborateurs comporte 4 aptitudes, avoir un bon niveau d’IE, c’est :

  • Être capable de percevoir, d’analyser ses émotions et les émotions d’autrui.
  • Avoir une capacité d’utilisation de certains états émotionnels pour améliorer la réalisation de tâches cognitives selon le principe que c’est beaucoup plus facile de travailler dans la bonne humeur que sous la contrainte par exemple
  • Avoir une bonne compétence de l’assimilation des informations du registre émotionnel au sein de l’activité de pensée
  • Avoir un bon niveau de régulation émotionnelle interne de ses propres émotions et aussi des émotions d’autrui.

A partir de ce modèle, on peut déduire que le HPI qui a cette caractéristique d’hyperesthésie devra apprendre au cours de son développement justement à apprivoiser son hyperesthésie émotionnelle.

 

 

Cet apprentissage est lié aux facteurs de personnalité mais aussi à la qualité de l’environnement dans l’enfance et lors de l’adolescence notamment et surtout en ce qui concerne la régulation des facteurs émotionnels interne.

A partir d’un apprentissage incorrect, on peut déduire certains cas de figure.

L’hyperesthésie associée à une mauvaise assimilation des messages émotionnels et à une difficulté de régulation de l’état émotionnel interne pourra provoquer une sorte d’hypervigilance chronique à l’origine d’un trouble anxieux voire l’attitude phobique de retrait.

Il pourra aussi provoquer un risque de débordement émotionnel avec chez certaines personnes des réactions caractérielles ou des réactions impulsives et risque de Burn out dépressif quand les débordements émotionnels sont trop importants ou trop prolongés.

Chez d’autres personnes, lorsque l’ingérence émotionnelle est trop déstabilisante, un phénomène de verrouillage de la pensée et de l’émotionnel par la cognition va se mettre en place, ce qui donne des tableaux de personnes chez lesquelles l’hypersensibilité n’apparait plus du tout et ou au contraire paraissent désaffectivées, coupées de leur sphère émotionnelle.

Lorsqu’enfin l’hyperesthésie est associé à un mauvais niveau de compétence dans la compréhension analytique des informations d’ordre sensoriel, ces derniers  peuvent être à l’origine d’un brouillage de l’analyse rationnelle, des erreurs importantes dans le traitement des informations et on le voit notamment chez des personnes hypersensibles en situation de vulnérabilité psychologique qui perdent leur objectivité, ne tiennent pas compte voire surinterprètent négativement des messages positifs de l’environnement.

La 2ème question est de savoir ce qui favorise le passage de l’hyperesthésie à l’hypersensibilité émotionnelle.

Deux facteurs rentrent en ligne de compte :

Le 1er facteur est le niveau de sécurité interne du sujet, la qualité de l’environnement familial durant les 1ères années de vie est primordiale au bon niveau de sécurité interne. Ce niveau est lié à la stabilité du cadre de vie, l’existence ou non de séparation précoce, au type d’attachement à la mère, à la capacité de la mère à s’adapter aux besoins de son enfant, une insécurité interne risque schématiquement de se former à chaque fois que l’enfant est obligé de s’adapter à son environnement plutôt que l’environnement de s’adapter aux besoins de l’enfant. Le sujet à haut potentiel dans ce contexte utilisera en effet son hyperesthésie pour s’adapter et se sur adapter de manière efficace mais par contre, ne bénéficiera pas d’un environnement adéquat pour apprendre à réguler ses émotions.

Le 2ème facteur est lié au parcours du sujet et aux évènements traumatisants qu’il a pu subir. Les évènements stressants ont pour le sujet une portée différente. Le stress devient un traumatisme si les capacités d’assimilation émotionnelle sont débordées. Le sujet HPI avec sa capacité à percevoir toutes les choses plus intensément, peut ainsi au cours de sa vie devenir hypersensible au gré des expériences traumatisantes vécues. Il compensera et cachera cette hypersensibilité grâce à ses capacités d’hyperadaptation, avec souvent un sentiment de honte de se trouver dépassé par des situations qui ne semblent pas dépasser les personnes de son entourage et ne semblent pas traumatiser les personnes de son entourage.

 

3ème question : Comment se manifeste l’hypersensibilité émotionnelle ?

Selon les caractéristiques des sujets extraverties ou introverties des personnes, elle peut donner deux cas différents.

Dans le cas d’une personnalité plutôt extravertie, on se trouve en face de personnes qui ont tendance à se cogner aux choses, qui sont dans l’excès émotionnel, qui se cognent aux autres, qui comprennent mal les réactions des autres et qui souffrent d’être mal comprises dans leurs propres réactions. Mal contrôlée, l’hypersensibilité émotionnelle crée une caisse de résonnance qui amplifie toutes les réactions émotionnelles et est à l’origine ou bien participe à des fluctuations thymiques. Le risque de burn out émotionnel et dépressif est assez grand.

Dans le deuxième cas des personnalités + ou – introverties, elle renforce l’introversion, la méfiance, l’anxiété face à l’extérieur. Elle provoque des attitudes de retrait ou bien le fait de trouver des écrans pour se protéger de l’extérieur. Elle conduit à des symptômes d’inhibition anxieuse voire à des phobies. Dans les deux cas, le risque de développer une addiction est important, soit une addiction à des produits, à l’alcool, au cannabis, ou d’autres drogues. Ces produits en fin de compte seront utilisés comme des sortes de pare feu anti émotion. Le mécanisme d’écran est le même pour la nourriture dans les troubles du comportement alimentaire et pour les addictions à Internet. L’obsession pour la nourriture, l’obsession pour le jeu permettant de désinvestir la sphère émotionnelle réelle. Certaines relations de dépendance affective peuvent en être rapprochés, le sujet utilisant le ou la partenaire à la fois comme filtre ou comme lien avec l’extérieur.

Alors comment apprivoiser l’hypersensibilité ?

On ne peut pas se débarrasser de sa sensibilité, l’idée est de transformer un handicap en richesse. Il faut donc apprendre à la connaitre, à l’assumer, à assumer le fait d’être hypersensible sans honte. Mieux mesurer l’impact de l’hypersensibilité dans la vie quotidienne, de refaire une re lecture de ce qui a empêché le développement d’une intelligence émotionnelle de qualité, d’apprendre à corriger ses erreurs dans le traitement de l’information émotionnelle et à mieux réguler ses émotions. Si l’hypersensibilité provoque un gros handicap dans la vie quotidienne, elle peut être réduite par l’utilisation d’un traitement médicamenteux le temps de retrouver un bon équilibre de vie. Prendre en compte une particularité qui fait que les sujets à haut potentiel qui les rend souvent beaucoup plus sensibles aux effets secondaires des médicaments que la moyenne.

Pour une meilleure gestion des émotions :

Pour le trop plein d’émotions = Relaxation, hypnose, méditation, sophrologie, thérapie cognitive ou comportementale type Mindfullness

Pour le retrait émotionnel = EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)

 

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