HPI : Le pouvoir des injonctions

Les injonctions psychologiques peuvent exercer une influence bien plus profonde qu’il n’y paraît, et pour les personnes à Haut Potentiel Intellectuel, une injonction n’est pas seulement comprise. Elle est souvent analysée, généralisée, amplifiée, surtout si elle est répétée.

Derrière certaines phrases apparemment anodines se cachent des messages normatifs puissants : se conformer, se modérer, ralentir, s’adapter coûte que coûte.

Rappel : sur le plan lexical, Injonction, nom féminin : action d’enjoindre, ordre exprès, formel. Se soumettre, obtempérer à une injonction. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une simple suggestion, mais d’un ordre formulé plus ou moins explicitement.

Dans leur dimension psychologique, les injonctions sont là pour obliger quelqu’un à obéir à des ordres et des contraintes. Lorsqu’elles visent le fonctionnement même d’une personne HPI, elles peuvent devenir particulièrement fragilisantes, surtout lorsqu’elles sont répétées au point que la personne les intègre comme vérité ou pire, comme « mérité ».

Elles sont faciles à repérer

Les injonctions sont très reconnaissables. Elles prennent souvent l’allure d’ordres directs ou de reproches répétés, formulés sur un ton qui ne laisse guère place au dialogue.

Ne pose pas tant de questions !
Mais tu t’en fous de ce que les gens disent !
Pose toi un peu, tu me fatigues !
Arrête de tout prendre à cœur !
C‘est à toi de t‘adapter !
Tu parles (ou va) trop vite ! Ralentis !
Arrête de réfléchir autant !
Il faut que tu changes !
Arrête d’être toi !

Ce qui caractérise ces phrases n’est pas seulement leur ton impératif, mais leur cible : elles ne corrigent pas un comportement isolé dans une situation donnée, elles visent la personnalité, le rythme, la sensibilité, la manière même de fonctionner.

Il est important de distinguer une remarque constructive d’une injonction. Une remarque porte sur un comportement précis, contextualisé, ajustable. Une injonction, en revanche, vise la personne dans sa globalité. Elle ne dit pas : « Dans cette situation, tu pourrais faire autrement. » Elle dit : « Tu devrais être autrement. »

Elles ne sont que des ordres et des reproches adressés par quelqu’un qui pense et/ou souhaite avoir l’ascendant sur vous, comme un enfant… que vous n’êtes plus

Derrière l’injonction se cache souvent une dynamique relationnelle. Celui qui formule l’ordre adopte une posture haute, implicite ou explicite, et place l’autre dans une position d’infériorité. Le message sous-jacent devient : « Je sais mieux que toi comment tu devrais être ou réagir. »

Cette posture peut être subtile. Elle peut prendre la forme d’un conseil appuyé, d’un agacement récurrent, ou d’une critique présentée comme du bon sens. Pourtant, elle suppose que l’autre doit être « corrigé ».

Ce mécanisme est particulièrement insidieux lorsqu’il réactive des schémas anciens. Beaucoup de personnes à Haut Potentiel ont entendu, dès l’enfance, qu’elles étaient « trop », « compliquées », « excessives » « difficiles» ou « sensibles ». Lorsque ces mêmes messages réapparaissent à l’âge adulte, ils peuvent raviver une sensation familière de décalage ou de non-conformité.

Or, l’adulte que vous êtes aujourd’hui n’est plus l’enfant dépendant du regard et de l’approbation des figures d’autorité. Pourtant, l’injonction agit comme si c’était encore le cas. Elle tente de vous repositionner dans une place d’élève à corriger, d’enfant à recadrer, de personnalité à ajuster.

Il est essentiel de rappeler que ces ordres traduisent souvent davantage les limites ou l’inconfort de celui qui les formule que la réalité de celui qui les reçoit.

Mais déranger ne signifie pas être inadapté. Il y a une énorme différence entre « je dérange » et  » les autres sont dérangés par moi ». Cela ne change pas la sensation de rejet, mais transfère la responsabilité : c’est l’autre qui a un problème.

Elles n’ont de pouvoir que si vous leur en donnez

Le véritable pouvoir d’une injonction ne réside pas dans les mots prononcés, mais dans l’adhésion intérieure qu’on leur accorde. Une phrase entendue une fois peut agacer ; une phrase répétée et intégrée peut devenir une croyance.

C’est ainsi que l’injonction externe peut se transformer en auto-injonction :
« Je dois ralentir. »
« Je dois moins parler. »
« Je dois m’adapter. »
« Je dois arrêter de réfléchir autant. »
« Je dois être moins sensible. »

C’est à ce moment-là que ces phrases ont un pouvoir particulièrement destructeur sur le fonctionnement même des personnes HPI et leur estime de soi. Non pas parce qu’elles sont justes, mais parce qu’elles conduisent la personne à se couper progressivement de son fonctionnement naturel.

Il est donc fondamental de se rappeler qu’une injonction ne possède aucun pouvoir intrinsèque. La reconnaître pour ce qu’elle est = un ordre, une tentative d’ajustement imposé, permet déjà d’en limiter l’impact. Reprendre du pouvoir ne signifie pas refuser toute adaptation sociale. Cela signifie choisir consciemment ses ajustements, et ne plus les subir.

Les outils de l’Analyse Transactionnelle sont d’ailleurs parfaits pour cibler les injonctions subies, démonter les croyances et s’affranchir de leur impact.

Pour résumer

Identifier ces mécanismes, c’est déjà commencer à desserrer leur emprise. Ce qui a été qualifié de « trop » peut devenir une force lorsqu’il est assumé et intégré. L’enjeu n’est pas de devenir moins intense, moins profond ou moins rapide, mais d’apprendre à habiter pleinement son fonctionnement sans se laisser définir par les tentatives de normalisation.

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