Le HPI est il vraiment une neurodivergence comme les autres ?

Le constat

Ces dernières années, les sigles et les termes se sont multipliés dans le paysage public : HPI, TDAH, TSA, neuroatypie, neurodivergence, neurodiversité… Si cette libération de la parole permet à beaucoup de mieux se comprendre et d’exprimer leurs spécificités, elle s’accompagne également d’une certaine confusion. Entre soi-disant « effet de mode », grilles de lecture médicales et vécus individuels, il est parfois difficile de s’y retrouver.

Une question mérite particulièrement d’être posée : le HPI relève-t-il véritablement de la neuro divergence au même titre que certains troubles cognitifs ou psychiques ?

On confond d’ailleurs souvent trois notions clés : la neurodiversité décrit la diversité naturelle de tous les cerveaux humains au sein de la société, tandis que la neuro divergence ou neuroatypie qualifie le fonctionnement d’un individu qui s’écarte de la norme établie. On rassemble ainsi sous un même mot des réalités pourtant très contrastées.

Une confusion fréquente : mélanger potentiel et trouble

L’un des biais majeurs du débat actuel réside dans la tendance à regrouper sous la même enveloppe des réalités aux natures profondément différentes.

  • Le HPI n’est pas une pathologie. Il s’agit d’une particularité du fonctionnement intellectuel, caractérisée par une vitesse de traitement élevée, une hyperconnectivité neuronale et une capacité d’analyse élargie. En soi, c’est une ressource et une force cognitive.
  • Le TDAH ou les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ou DYS constituent, en revanche, des troubles relevant du médical qui peuvent générer un véritable déficit ou une souffrance au quotidien.

Considérer le HPI sous un prisme uniquement médical ou le traiter comme une « pathologie » entraîne un premier risque : celui d’associer systématiquement une haute intelligence à un dysfonctionnement. En réalité, une grande majorité des personnes HPI traversent la vie sans ressentir le besoin de consulter. Ce sont principalement celles qui rencontrent des difficultés connexes (questionnements, anxiété, sur adaptation, difficultés relationnelles) qui sollicitent un accompagnement.

Entre rigueur scientifique et réalité du vécu

Pour appréhender le sujet avec justesse, deux approches doivent impérativement se compléter :

  • Le point de vue scientifique et clinique : La science rappelle l’importance de poser des définitions claires et de s’appuyer sur des faits mesurables. Identifier un HPI n’est pas poser un « diagnostic », mais mesurer un profil d’efficience intellectuelle par rapport à une population donnée.
  • La prise en compte du vécu individuel : La rigueur des chiffres ne doit pas occulter l’expérience humaine. Une personne ne se résume pas à son quotient intellectuel ni à un fonctionnement cérébral abstrait. La manière dont un individu grandit, l’environnement dans lequel il évolue, les exigences de performance qu’il subit et les phases d’isolement ou de décalage qu’il ressent façonnent son histoire.

C’est là que surgit un double discours caricatural : certains détracteurs reprochent aux personnes HPI de « se cacher derrière leur haut potentiel » pour éviter d’affronter leurs faiblesses personnelles… tandis que d’autres décrètent que la moindre souffrance est la preuve d’un trouble psychiatrique ou neurodéveloppemental.

C’est ramener systématiquement le sujet à une défaillance de la personne qui serait toujours la seule responsable de ses difficultés, soit par faille psychologique ou par pathologie.

Or, nier le vécu sous prétexte que l’intelligence est un atout est une erreur : un potentiel a besoin d’un cadre favorable pour s’épanouir.

Pour autant, l’absence de trouble n’exclut pas le cumul

C’est tout l’intérêt du concept de double exceptionnalité (2E), très employé au Canada : être HPI… ET avoir un trouble (TDAH, TSA, dys). Cette distinction apporte une clarté essentielle en isolant le potentiel du trouble associé.

Comme s’attache à le faire Marianne Bélanger, fondatrice du CIDDT (Centre intégré du développement de la douance et du talent), il est temps de dépasser le seul prisme médical pour adopter une approche sociologique. Les difficultés rencontrées par les personnes HPI ne viennent ni d’un « dysfonctionnement » interne, ni d’une faiblesse psychologique, mais d’une inadéquation entre leur fonctionnement et les structures sociales ou professionnelles.

Un esprit qui a besoin de complexité, d’autonomie et de vitesse souffre lorsqu’on l’enferme dans un cadre routinier, rigide ou sous-stimulant. Plutôt que de pathologiser la différence, il serait plus pertinent d’analyser le milieu, de lever les rigidités organisationnelles et d’adapter l’environnement aux besoins réels.

Le véritable enjeu : ne pas rejeter le sujet sous prétexte de « refuser les étiquettes »

Le débat sémantique autour de la « neuro divergence » cache parfois une posture problématique : celle qui consiste à balayer le sujet au motif qu’il ne faudrait « pas mettre les gens dans des cases » ou « qu’il ne faut pas coller d’étiquettes ».

Ce refus d’étiqueter est trop souvent instrumentalisé pour nier la spécificité du HPI, banaliser le vécu des personnes concernées et les pousser à rentrer à tout prix dans le moule.

Or, identifier son fonctionnement n’a rien d’une démarche d’exclusion ou d’enfermement : c’est au contraire en apprenant à bien se connaître et en comprenant qui l’on est vraiment que l’on se libère de toutes les étiquettes imposées par les autres. C’est la clé indispensable pour valider son vécu, assumer son besoin de complexité et sortir d’un décalage intellectuel épuisant.

En entreprise : la fin du réflexe de stigmatisation

Trop souvent, lorsqu’un collaborateur exprime un inconfort, une perte de motivation ou un décalage, le premier réflexe de l’organisation est de le percevoir comme un « élément perturbateur » ou un « collaborateur à problèmes ». En réalité, les HPI révèlent souvent les limites des modes de management traditionnels.

C’est là que le rôle des dirigeants et des Ressources Humaines doit profondément évoluer :

  • Écouter les besoins plutôt que catégoriser les symptômes : La véritable mission d’un DRH ou d’un manager ne devrait pas être de classifier ou de stigmatiser, mais de poser une question simple et fondamentale : « De quoi as-tu besoin pour fonctionner à ton plein potentiel et t’épanouir dans tes missions ? »
  • Distinguer le besoin de stimulation du trouble de l’attention : L’ennui rapide face aux tâches répétitives et un besoin exigeant d’autonomie et de sens sont des caractéristiques très fréquemment exprimées par les personnes HPI, dont le cerveau demande une stimulation constante. Un collaborateur HPI n’est pas un problème à résoudre, mais un potentiel à nourrir. En revanche, l’hypersensibilité sensorielle (comme l’incapacité à supporter le bruit d’un open-space) ou le fait de s’éparpiller tout en excellant sur des missions « commandos » relèvent souvent d’autres fonctionnements comme le TDAH ou le TSA.

Plutôt que de vouloir enfermer chaque besoin dans une case, la clé pour les organisations réside dans l’écoute : offrir de la flexibilité, de la complexité et du sens permet de créer un environnement épanouissant pour les profils à haut potentiel… tout en bénéficiant à l’ensemble des collaborateurs

Conclusion

Derrière ce goût bien français pour les nuances de vocabulaire — où la neurodivergence anglo-saxonne devient la neuroatypie hexagonale, pendant que la neurodiversité rappelle le constat collectif — l’enjeu réel ne se situe pas sur le terrain d’un dictionnaire.

L’urgence n’est pas de débattre pour savoir quelle étiquette coller, mais de comprendre ce que ces réalités recouvrent sur le terrain. Bien se connaître et comprendre son fonctionnement cognitif n’a jamais eu pour but de s’enfermer dans une case sémantique : c’est au contraire la seule façon de se libérer des clichés imposés pour construire un environnement réellement adapté à la diversité des talents.

Le HPI n’est ni un trouble à corriger, ni un totem identitaire.

Que l’on choisisse ou non de l’assimiler à une neuro divergence, l’enjeu réside dans la pleine reconnaissance de cette réalité cognitive et humaine. Il gagne à être appréhendé pour ce qu’il est : une ressource personnelle qui s’exprime pleinement lorsque la rigueur de la science et l’empathie envers le vécu individuel avancent de concert. Cela permet d’abandonner l’injonction épuisante de la normalisation forcée qui chercher à lisser les différences au lieu de les comprendre.

Pour aller plus loin : Comprendre le HPI

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