Le parcours du combattant
Dans la représentation collective, le Haut Potentiel Intellectuel (HPI) suscite encore de nombreux fantasmes et est souvent associé à une promesse de réussite facilitée, portée par une intelligence supérieure. Pourtant, pour certains, la réalité peut s’avérer beaucoup plus nuancée voire profondément douloureuse.
Au quotidien, ces personnes peuvent vivre avec un sentiment profond et persistant de décalage très concret : un cerveau intense capable d’analyser des problèmes complexes, mais qui se retrouve parfois totalement désorienté face à la « simplicité » d’un monde tiède, trop souvent guidé par des conventions rigides ou des fonctionnements qui leur paraissent peu cohérents.
A cela peut s’ajouter le rejet insidieux ressenti tout au long de sa vie, les remarques répétées (« tu te compliques la vie », « tu es trop sensible », « tu penses trop » « tu dramatises »…) et cette logique singulière difficile à faire entrer dans les cases traditionnelles parfois incohérentes.
Le piège du parcours médical
Lorsque ce sentiment de décalage devient pesant, le premier réflexe consiste à consulter des professionnels de santé mentale, et ce très tôt. On pousse la porte d’un cabinet de psychologie ou de psychiatrie en quête de réponses à la question : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Pourtant, le HPI ne constituant ni une pathologie psychiatrique ni un trouble psychologique, il ne constitue pas, en tant que tel, un champ clinique autonome et sa compréhension reste très variable selon la formation et l’expérience des professionnels de santé mentale. Les praticiens peuvent alors minimiser le malaise exprimé ou tenter d’appliquer des grilles de lecture cliniques inadaptées. C’est le point de départ d’une errance qui peut durer des années, voire des décennies.
Note de vocabulaire : Pourquoi « errance diagnostique » si le HPI n’est pas une maladie ?
Parler de « diagnostic » pour le HPI est un contresens. On ne diagnostique pas un mode de fonctionnement, on l’identifie.
Rappelons-le : le Haut Potentiel Intellectuel n’est ni un trouble, ni une pathologie. Sur le plan médical, on ne devrait donc pas parler de « diagnostic », mais plutôt d’identification ou de détection. Pourtant, c’est bien une errance médicale et thérapeutique. Lorsque le fonctionnement HPI est méconnu, la consultation étant par définition orientée vers la recherche d’une difficulté clinique, l’attention peut se concentrer sur les symptômes (anxiété, burn-out, baisse de moral) sans identifier le fonctionnement cognitif global.
Pourquoi ce double piège existe-t-il ?
- La surmédicalisation / Le faux diagnostic : À force d’employer un vocabulaire clinique (« diagnostic »), certaines manifestations d’un fonctionnement HPI sous-stimulé, incompris ou durablement en sur adaptation peuvent être interprétées à tort comme les signes d’une pathologie psychiatrique (bipolarité, trouble de la personnalité, dépression chronique)
- Le sous-diagnostic des troubles associés (la « double exceptionnalité ») : Parfois, le HPI masque ou s’accompagne d’un vrai trouble médical/neurodéveloppemental (TDAH, troubles Dys, TSA, etc.).
L’errance survient alors lorsque les professionnels ne savent pas faire la part des choses entre ce qui relève du HPI (le mode de fonctionnement) et ce qui relève d’un réel trouble à accompagner.

Des décennies à chercher ce qui « ne va pas »
Mais le risque de confusion peut entraîner des conséquences lourdes :
- Certaines personnes se voient attribuer des diagnostics médicaux inadéquats et repartent avec une ordonnance ou le sentiment d’être des « malades imaginaires »
- D’autres errent de cabinet en cabinet, sans obtenir de réponse concrète, quand elles ne se font pas railler pour avoir simplement évoqué le terme « HPI ».
- Ou se tournent vers toutes les médecines alternatives possibles, voire s’approchent du milieu du new age aux relents sectaires.
Ce parcours du combattant n’est pas sans conséquences.
Des années gâchées à essayer de « réparer » un fonctionnement qui n’est pas cassé. Le HPI n’est pas à soigner : il est à comprendre.
Alors, que faire et vers qui se tourner ?
Quand on comprend que le HPI n’est pas une maladie à soigner, la question n’est plus « comment me guérir ? », mais « comment fonctionne mon mode d’emploi ? ». C’est là que le paysage des professionnels demande du discernement.
Les acteurs du parcours
Le bon interlocuteur dépend moins de son seul titre professionnel que de votre besoin : évaluation cognitive, diagnostic différentiel, traitement d’un trouble psychique, compréhension du fonctionnement HPI ou accompagnement dans des problématiques concrètes de vie personnelle et professionnelle
L’enjeu est de rencontrer quelqu’un capable de distinguer fonctionnement intellectuel, difficultés liées à l’environnement et éventuels troubles associés.
- Le psychologue ou neuropsychologue pour la mesure : Le bilan psychométrique réalisé à l’aide d’outils standardisés comme le WAIS permet d’évaluer rigoureusement le fonctionnement intellectuel. Lorsqu’un TDAH, un TSA, un trouble Dys ou une autre problématique est suspecté, une évaluation spécifique et complémentaire est nécessaire.
- Un professionnel formé au HPI pour l’action et le quotidien L’enjeu principal consistant à apprendre à vivre avec son intensité, un accompagnement spécialisé avec quelqu’un ayant une bonne connaissance des neuro atypies permet de structurer la pensée rapide, de travailler l’estime de soi et d’implémenter des actions concrètes dans son environnement personnel et professionnel.

Comment trouver le bon professionnel pour avancer ?
Pour avancer sereinement, méfiez vous des professionnels qui nient d’emblée la pertinence du HPI dans la compréhension de votre fonctionnement, minimisent ce que vous décrivez ou interprètent systématiquement vos difficultés à travers une grille psychopathologique :
Avant de vous engager, gardez trois critères en tête :
- Interrogez la posture et les compétences : Demandez clairement au professionnel sa connaissance concrète du HPI chez l’adulte, sa grille de lecture et ses limites d’intervention.
- Fuyez la promesse de « soigner » le HPI : Un professionnel prétendant « régler » le HPI comme on guérit une pathologie doit vous inciter à chercher un autre avis.
- Recherchez un cadre éthique et pragmatique : Vous avez besoin d’outils, de clés de compréhension de votre fonctionnement cognitif et d’un espace où vous n’êtes n’est ni jugé(e), ni minimisé(e).
Le désert du post-bilan : et après ?
L’identification du HPI peut mettre fin à des années d’interrogations. Mais recevoir un résultat ne signifie pas encore savoir quoi en faire. Une fois les chiffres restitués, les personnes qui se retrouvent isolées avec leur compte-rendu doivent alors gérer seules le bouleversement que peut provoquer la relecture de leur histoire et l’appropriation de ce mode de fonctionnement.
Un constat ne suffit pas toujours à résoudre le décalage social, la sur adaptation professionnelle ou la rumination mentale. Pour franchir cette étape, deux leviers sont essentiels :
- Distinguer la mesure de l’accompagnement : Le test cartographie la structure cognitive, mais ne fournit pas les outils d’ajustement du quotidien.
- Passer de la compréhension à l’intégration : La personne HPI cherche une grille de lecture globale et de la cohérence. C’est ici qu’un accompagnement structuré et spécialisé dans les neuroatypies (tel que le coaching) prend tout son sens : il permet de transformer le bilan en actions concrètes, tant dans la vie personnelle que professionnelle.
Si vous vous reconnaissez dans ce sentiment de décalage, gardez à l’esprit que vous n’êtes pas « cassé(e) ».
La première étape consiste à apprendre à se décoder : distinguer ce qui relève du fonctionnement intellectuel, de l’histoire personnelle, de l’environnement et, lorsqu’ils existent, de troubles associés
Appel à témoignages : racontez votre parcours
Pour mieux documenter cette réalité, je serais très intéressée par votre histoire. Si vous souhaitez partager votre expérience – de manière totalement confidentielle -, vous pouvez m’écrire directement via le formulaire de contact ci dessous ou à christine.reina@kalena.fr.
- Combien de temps avez-vous cherché des réponses ?
- Quelles impasses avez-vous rencontrées ?
- Qu’est-ce qui vous a finalement aidé ?
Merci beaucoup !

