« Quelle est votre formation académique ? »
« Quel est votre doctorat pour oser parler de fonctionnement cognitif ? »
C’est souvent la dernière ligne de défense de certains praticiens quand on pointe du doigt une réalité qui dérange. Une parade rhétorique, brandie comme un sésame. Comme si un titre suffisait à garantir une compréhension fine du fonctionnement humain. Comme si l’on pouvait, à coups de cadres au mur, évacuer ce qu’on ne comprend pas – ou ce que l’on n’a pas vraiment étudié.
Précisons d’emblée : ce texte ne vise pas la profession. Il vise une posture, présente chez une partie des praticiens, qui transforme la consultation en impasse.
Il s’appuie sur les témoignages entendus de centaines de personnes HPI depuis des années. Un échantillon que certains qualifieront de biaisé, mais d’une convergence trop massive pour être balayé d’un revers de main. Là où d’autres y verront un biais d’échantillonnage, j’y vois surtout l’échantillonnage des angles morts : celui de personnes qui ne rentrent pas dans les cases et finissent par n’être perçues qu’à travers le prisme de la pathologie, transformant un fonctionnement spécifique en trouble à soigner là où elles auraient surtout eu besoin d’être décodées.
Le biais d’autorité comme frein thérapeutique
Parce qu’un professionnel possède un titre protégé, il est investi d’une « vérité » qui devient indiscutable. Or, en psychologie comme en psychiatrie, le HPI ne fait pas partie des enseignements obligatoires de la formation initiale française. Normal, me direz-vous, puisque le HPI ne figure pas dans le DSM. Et n’a pas à y figurer – il n’est pas une pathologie. Mais cela ne devrait pas dispenser pour autant les cliniciens de le connaître, puisque c’est précisément cette méconnaissance qui produit les erreurs diagnostiques évoquées plus loin.
Un professionnel peut donc être pleinement diplômé, excellent praticien parfaitement formé aux cadres cliniques conventionnels, et rester totalement imperméable à la réalité du HPI.
Quand la posture académique remplace la mise à jour des connaissances, l’accompagnement devient un risque pour celui qui consulte.
« Le HPI n’existe pas », « C’est une mode », « C’est un handicap »
Entendre de tels propos en consultation est une réalité partagée et témoignée par beaucoup de personnes accompagnées ou rencontrées. Sous prétexte de refuser les « étiquettes », certains professionnels balayent d’un revers de main une réalité physiologique et cognitive.
D’autres font l’inverse : ils reconnaissent le HPI, mais le réduisent à un handicap. Comment s’étonner, dès lors, que tant de personnes hésitent à en parler ?
Or le HPI n’est ni une mode, ni une fragilité, ni un caprice générationnel, ni une invention marketing. C’est un fonctionnement cognitif documenté, dont la vitesse de traitement de l’information constitue l’un des marqueurs régulièrement mis en évidence par la recherche, y compris dans la littérature française qui intègre cette dimension dans les échelles de Wechsler. À cette base cognitive s’ajoutent des particularités sensorielles, émotionnelles ou attentionnelles qui structurent un rapport spécifique au monde, à la pensée et aux relations.
Que les profils HPI soient hétérogènes ne contredit en rien cette réalité : cela signifie simplement qu’il n’existe pas un seul « type » de HPI, mais bien un fonctionnement qui se décline. Confondre cette hétérogénéité avec une inexistence du phénomène, c’est précisément l’erreur que commettent ceux qui balayent le sujet d’un revers de main.
Refuser cette réalité au nom d’un scepticisme dogmatique ne relève pas de la rigueur scientifique. Cela relève d’une posture – souvent défensive, parfois orgueilleuse – qui consiste à protéger un cadre théorique vieillissant plutôt qu’à interroger ses propres angles morts.
Refuser d’entendre, c’est refuser de comprendre. Et refuser de comprendre, quand on a le pouvoir de prescrire, c’est nuire.
Le coût humain du déni : quand les mauvais diagnostics tombent
Le risque de diagnostic erroné, chez l’enfant comme chez l’adulte HPI, est documenté de longue date, notamment par les travaux de James T. Webb (Misdiagnosis and Dual Diagnoses of Gifted Children and Adults, 2005).
Aujourd’hui, les témoignages confirment presque quotidiennement :
- Une bipolarité (avec prescription de lithium), parce que l’intensité émotionnelle et l’hyperactivité mentale sont confondues avec des cycles thymiques. Le problème n’est pas la molécule prescrite — c’est le diagnostic rendu en quelques minutes qui justifie sa prescription
- Un TDAH posé au doigt mouillé, parfois sans bilan, avec ce raisonnement étonnant : « si la Ritaline marche, c’est que vous êtes TDAH ». Or les stimulants améliorent la concentration chez la majorité des gens, TDAH ou non. La réponse au traitement n’est pas un diagnostic. C’est un raccourci.
- Une dépression résistante, alors qu’il s’agit parfois d’un épuisement existentiel chronique lié à un décalage jamais identifié — et donc jamais traité à sa racine.
- Des troubles anxieux étiquetés à vie, sans qu’on ait jamais cherché à comprendre ce qui, dans le mode de pensée ou les questionnements, génère cette anxiété.
Tout cela sans bilan cognitif sérieux, sans exploration du fonctionnement réel de la personne.
Derrière chaque mauvais diagnostic, il y a une vie : un traitement inadapté, des années perdues, une estime de soi abîmée.

La légitimité ne se mesure pas au nombre de cadres au mur
Certains professionnels utilisent leur titre pour disqualifier toute approche qu’ils ne maîtrisent pas. Pour eux, le diplôme n’est plus un point de départ mais un point d’arrivée ; ils confondent autorité et compétence actualisée.
Quand un praticien répond à une question légitime sur le HPI par un sarcasme — « Ah, encore un qui se croit surdoué » — il dit beaucoup de son rapport au savoir, et très peu de la réalité de la personne en face de lui.
La détection ne doit pas être une prison, mais une clé de compréhension juste. Elle sert à éclairer, à libérer, à offrir un cadre de lecture qui permette à la personne de se déployer – et non à la caser dans une catégorie pour la rassurer ou pour rassurer celui qui l’a posé.
Coacher n’est pas « diagnostiquer », mais accompagner sans comprendre est une faute
On oppose souvent le diagnostic clinique à l’accompagnement opérationnel. Pourtant, le vrai sujet est ailleurs : un professionnel qui ignore les ressorts spécifiques du HPI avance à l’aveugle. La différence — majeure et périlleuse — réside dans le levier d’action, car le clinicien dispose du pouvoir de prescription.
Entre les mains d’un praticien non formé, ce pouvoir transforme une simple méconnaissance en un risque médical grave, capable de médicaliser une identité et de briser une vie par des traitements chimiques lourds et inadaptés. L’erreur n’est pas seulement intellectuelle, elle est organique.
Pour beaucoup, le coaching est le premier espace de compréhension après des années de questionnements. C’est l’endroit où l’on cesse enfin de leur dire qu’ils « pensent trop », où leur fonctionnement est nommé sans jugement et où l’écoute produit enfin des réponses concrètes.
Et si le coach n’est pas un professionnel des troubles neurodéveloppementaux, sa valeur réside dans sa capacité à identifier les signaux d’alerte pour orienter, si besoin, vers l’expertise clinique. Loin de s’opposer, la clinique et le coaching forment une alliance complémentaire : l’une apporte le soin, l’autre permet le déploiement opérationnel.
Il existe, fort heureusement, des cliniciens passionnés et experts. Pour une personne HPI, trouver l’un de ces spécialistes n’est pas un luxe, c’est une nécessité absolue pour une prise en charge globale et juste
Car au-delà des titres, l’urgence est de répondre à des questionnements que le mépris ne suffit plus à étouffer : on ne peut prétendre accompagner l’humain en ignorant les ressorts de son moteur.

L’humilité, seule boussole face à la complexité
La diversité des cerveaux ne se laisse pas enfermer dans les manuels d’il y a vingt ans voire cent ans. Les sciences cognitives avancent. Les neurosciences affinent. Les vécus partagés — qu’on le veuille ou non — créent une intelligence collective sur des réalités que la clinique a longtemps minorées.
Face à cela, il y a deux postures possibles : se mettre à jour, ou se réfugier derrière son titre.
L’arrogance académique ne remplacera jamais l’humilité face à la complexité du fonctionnement humain.


